La mission d'information sénatoriale sur la filière ovine
dans les Hautes-Pyrénées

Si le Sénat s'intéresse aujourd'hui à la filière ovine, nous pouvons dire que la filière ovine intéresse beaucoup de parlementaires et de ministres mais que les résultats pour sa relance et son développement sont bien maigres pour ne pas dire nuls.

Revenons seulement au 1er décembre 1999 où, Jean Glavany, député des Hautes-Pyrénées, était Ministre de l'agriculture, répondait à une députée par ces propos " Pour avoir constaté, comme vous, les difficultés auxquelles se trouvent confrontés les éleveurs ovins, j'ai confié à MM. Launay et Thomas une mission d'évaluation et de prospective " et il précisait " Les auteurs du rapport mettent l'accent sur la nécessité de préparer l'évolution inéluctable de la filière en utilisant notamment toutes les possibilités qu'offrent les contrats territoriaux d'exploitation. " et il apportait des solutions : " …des mesures structurelles doivent permettre de trouver une nouvelle dynamique, dans le cadre des contrats de plan et en utilisant les moyens supplémentaires de l'enveloppe complémentaire…. "

Nous sommes en juillet 2007 et que s'est-il passé ?
Peut-être que les éleveurs seront en mesure de répondre. Néanmoins nous pouvons signaler une grande réflexion autour des ovins et de la filière ovine. Un sujet qui semble passionner…. Et qui mobilise beaucoup d'énergie depuis.

En novembre 2002, une mission sénatoriale s'intéresse à l'avenir de l'élevage incluant évidemment les ovins. Puis, en juin 2006, le premier Ministre confie une mission au député Yves Simon "sur l'avenir et la relance de la production ovine en France. "


Les sénateurs François Fortassin (à gauche) et Gérard Bailly (à droite) en discussion avec Marc Léo (Conseiller Général des Hautes-Pyrénées) et Jean-Pierre Cazaux (éleveur)

A l'automne 2006, quelques mois après la mise en place de la mission Simon de l'Assemblée Nationale, " la commission des affaires économiques du Sénat avait décidé la mise en place d'un cycle d'auditions sur la situation de la filière ovine, devant déboucher sur la rédaction d'un rapport d'information sur le sujet " C'est ainsi que Gérard Bailly (Sénateur du Jura - UMP), président du groupe d'études sur l'élevage, et François Fortassin (Sénateur des Hautes-Pyrénées - RDSE) sont investis de cette mission qui leur a permis de rencontrer des éleveurs pyrénéens après avoir vu ceux du Béarn dans les Pyrénées-Atlantiques.

L'élevage ovin des Hautes-Pyrénées est essentiellement axé sur la production de viande. Néanmoins, il existe des producteurs laitiers qui valorisent leur production par la fabrication de fromage qu'ils commercialisent directement. Nous trouvons essentiellement ces producteurs dans la haute vallée de l'Ouzoum, proche du Béarn, dans le Val d'Azun, quelques uns en vallée d'Aure et Louron mais également en Barousse.


Les sénateurs Gérard Bailly et François Fortassin dans le saloir de la ferme Cazaux
dans le Val d'Azun

La vidéo des deux
sénateurs

C'est dans le Val d'Azun, à la ferme Cazaux, que nous avons retrouvé la mission sénatoriale. François Fortassin et Gérard Bailly nous ont expliqué les raisons de leur mission qui consiste essentiellement à s'informer. Pour François Fortassin qui connaît bien nos montagnes, " l'élevage ovin qui existe est le dernier rempart avant la friche " et il nous développe ce qui est le fondement d'une activité dans le cadre du développement durable des vallées pyrénéennes qui justifie cette activité indispensable pour l'équilibre environnemental, économique et social. Mais il s'interroge "Pourquoi la viande ovine est chère chez le boucher et l'éleveur n'est pas payé ? " Probablement un problème de circuit commercial mais peut être aussi un déficit identitaire. Et de citer le cas du " label rouge " que le boucher pourra toujours présenter comme de la viande des Pyrénées même s'il s'agit d'une race britannique (souvent de la sufolk à tête noire par exemple) élevée partiellement au granulé d'une grande marque agro-alimentaire.


La vidéo de Raymond Bayle
Président de la commission
syndicale de la vallée de
Barèges. Eleveur brebis AOC

Il faudra " peut-être lancer des pistes sur un label pyrénéen " Et puis cette autre réflexion " la France ne produit que la moitié de ses besoins en viande ovine et doit importer le reste. Pourquoi ? " Les bonnes questions sont posées. Reste à trouver les réponses pour mettre en œuvre des moyens efficaces qui puissent favoriser le marché de cette viande et plus spécialement celle de qualité des Pyrénées.

Mais comment faisions-nous par le passé ?

C'est la question posée aux parents de Jean-Pierre Cazaux. A plus de 80 ans, ce couple qui a connu la fauche à la main, le transport du fourrage sur le dos, l'ours, l'absence de primes et la vente des fromages sur le bord de la route du Soulor avant qu'il n'y ait foule comme aujourd'hui en été.

Vidéo des grands parents
Vidéo de Baptiste le petit fils

Leur petit fils, Baptiste, ne l'imagine pas. Ses grands parents ont vu l'arrivée de la voiture, de la motofaucheuse, du tracteur, de la trayeuse électrique et le troupeau multiplié par 7 ou 8. Lui, à une vingtaine d'années, est moniteur de ski de fond, entraîneur de cyclisme mais aussi paysan. " Je ne sais pas ce que je verrai dans l'avenir, mais peut-être moins d'évolution que mes grands parents ". En fait, difficile d'imaginer l'avenir. Et pourtant, c'est le rôle des politiques et de leurs diverses missions : imaginer le futur de la filière ovine.

Nos sénateurs sont allés visiter le Pays Toy pour prendre conscience du développement d'une filière ovine à viande, celle de l'AOC Barèges-Gavarnie. Petits éleveurs (des troupeaux de 50 à 400 brebis) d'une race historique et emblématique locale, la Barégeoise. Un système d'élevage ancestral reconnu par un décret ministériel apportant une qualité remarquable à la viande. Mais aussi une commercialisation par circuit court directement du producteur au consommateur grâce à la présence d'un abattoir local situé dans la vallée garantissant l'origine et la qualité.

 


Les sénateurs en discussion
avec le berger, Laurent Crampe


Les sénateurs sous le col du Tourmalet avec Jacky Pélégry et Marie-Lise Broueilh, les précurseurs de l'AOC Barèges-Gavarnie


Les sénateurs avec Jacques Béhague, Conseiller général et le troupeau de Laurent Crampe
à la cabane de Toue

Un abattoir en Pays Toy garantissant l'origine et la qualité
La vidéo de Laurent Crampe

Dans la journée, à quelques kilomètres de distance, nous avons deux systèmes d'élevage avec deux systèmes de production et de commercialisation qui montre toute la complexité d'une filière qui ne peut pas être traitée de manière uniforme et seulement au niveau du territoire. Mais dans tous les cas des problèmes similaires comme l'ours et la commercialisation des produits de qualité.


"Un bon berger est un berger
qui aime ses moutons"
Informations diverses

Texte et photos : Louis Dollo
Vidéos : Alain Bouchard