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| Récit
n°11
Dimanche 27 Avril 2008 : 39ème étape, Mariupol-Taganrog / 128 km. Ce n’est pas un jour à faire du vélo.
Je le sens. Les globules rouges crapahutent dans mes artères et
c’est mauvais signe, ils agacent mes follicules pileux, et comme
ceux-ci enserrent mes muscles horripilateurs, ça me hérisse.
Et quand je suis hérissé, il vaut mieux mettre des gants
pour …. Lundi 28 Avril 2008 : 40ème étape, Tangarog – Rostov sur le Don / 95 km. Les journées se suivent et décor mis à part se ressemblent. Après la journée éprouvante d’hier, la levée du corps ne s’effectuant qu’à dix heures, physiquement et moralement retapés par cette nuit prolongée, le beau soleil qui nous attend au départ laisse présager que cette courte étape de 70 km. se déroulera sur un doux nuage. Je ne me suis pas trompé de beaucoup, mais en fait de nuage, c’est un Cumulo-nimbus qui nous suit et gâche ce qui aurait du être une balade peinarde. Et ça continue : « Grrroupiiir ! Tous Grrroupiiir ! » A chaque crevaison, on peut dire que l’esprit communautaire joue à plein. Les cents copains d’un seul élan mettent pied à terre pour attendre et aider le malchanceux qui a entendu sa chambre à air pousser un long et douloureux soupir. Je ne veux pas dire que tous le font de gaîté de cœur, mais le peu de conviction est aidé par les glapissements des séraphins qui nous encadrent. A cinq ou six reprises, la caravane a été arrêtée pour de simples crevaisons. Ce n’est pas grave, mais cette privation de liberté nous irrite et nous regrettons par moments, que la France ne s’étende pas au moins jusqu’à Pékin. Il serait si simple que le groupe ou seulement trois ou quatre coéquipiers stoppent et aident à la réparation, pour ensuite revenir facilement sur le gros de la troupe. Mais non ! Dans ce Paradis ci, rien n’est laissé à l’initiative personnelle, tout est planifié, consigné, Ukase… Oukase… Oukasou ? Nous longeons la mer, c’est sûrement la merd’Asov et j’ai l’impression d’être emprisonné dans un cagibi, roulant certes mais cagibi quand même. Les pensions en hôtel sont trop chères et nous préférons opter pour un camp de vacances. Nous traversons Rostov sur le Don sans encombre, encore et toujours protégés par les envoyés du Paradis. Trente cinq kilomètres plus loin, enfin nous trouvons notre havre de paix sur les bords du Don. Demain jour de repos, j’espère vous faire visiter les environs. Ce soir, j’ai besoin de sortir mon casque, et ça urge car les montées d’adrénaline ensuite refoulées, ont constitué un véritable casse-tête. Mardi 29 Avril 2008 : journée de repos, corvées personnelles et collectives, visite, sieste. Afin de ne pas faire de peine à Céleste, compagne irréprochable, je ne m’étendrai pas sur ce sujet, mais je pense que revenu à Berbérust, j’essaierai le vélo couché. C’est magnifique de pédaler dans la nature avec le seul souci de tricoter des gambettes, mais alors, coincer la bulle sur un doux plumard, sans avoir ce souci, c’est absolument divin. Il me semble que cette solution doit assurer la double extase : pédaler-couché. Tu t’imagines tout ce que peut offrir le cyclotourisme ? Farniente sur les bords du DON, rien que ça ! Farniente, dans ma petite tête où le bigourdan s’impose dans les langues latines, farniente se décompose en Far qui veut dire : faire et Niente qui veut dire Rien. Alors je FARNIENTE à fond, comme le mot je me décompose, je me liquéfie, je m’évapore. Tiens René, j’arrête même de penser, je coupe la communication. Buuuuffffff ! ffffff ! sssssss ! Mercredi 30 Avril 2008 : Rostov sur le Don – Chakhty /82 km. Aujourd’hui, comme disent les copains rugbymans,
nous faisons ¨basique¨. Petite étape, petite vitesse, arrêts
fréquents, pas de rétention d’urine, les prostatiques
et les photographes sont à la fête. Jeudi 1er Mai 2008 : 42 étape, Chakhty – Belaia Kalitva / 116 km. Grandiose ! Nous sommes dans le pays du TRAVAIL, le pays
où même les clubs de Foot ont des noms qui évoquent
l’activité : l’Arsenal, le Dynamo, etc.…Eh bien
! Nous y sommes le 1er Mai, jour de sa fête. Comme chez nous pour
le fêter, on ne fait rien. Nous avons bien sûr accompli notre
boulot journalier : bouffer du kilomètre dans un paysage ni varié,
ni distrayant. Nous qui rêvions dans notre jeunesse à ce
pays sauvage où les charges guerrières des Cosaques s’effectuaient
au cri Vendredi 2 Mai 2008 :43 étape, Belaia-Kalitva – Morozoyskaia / 95 km. Sainte Russie ! Immense Russie ! Tout ici est hors mesure, d’abord la ferveur religieuse de gens sevrés de leurs pratiques depuis des décennies, et qui d’un seul coup recouvrent la liberté de culte. L’Eglise Orthodoxe est majoritaire, et certainement la plus riche. Son architecture, les œuvres d’art qu’elle présente avec évidemment les merveilleuses icônes, les costumes liturgiques dont le luxe laisse pantois les catholiques et leur petit curé de campagne. Et la planification ! Parlons-en de la planification. Ici tout est planifié. La terre, plaine infinie où seule l’ombre du bulldozer serait utile. Qu’en dire sinon que l’on se l’imagine sans fin comme l’Univers. C’est pour cela que je parle très peu de vélo, il n’y a rien à dire. Nous pédalons, nous pédalons, sur un gigantesque terrain de tennis. Planifiée aussi l’administration, Service, service. Jugulaire, jugulaire, Règlement, règlement. Pas de poésie, de l’efficacité ! Et plus nous avançons dans cette démesure, plus nous pensons que cette planification est naturelle et nécessaire. Imaginez un peu si l’immense Russie était gérée avec l’indolence administrative qui règne chez nous ce serait un véritable b…azard. Pour nous, et surtout pour la Fédé dont c’est le souci prioritaire, la sécurité est assurée par un escadron de policiers. Cette précaution au début nous paraissait intempestive, gênante et incompatible avec notre esprit de randonneur libre. Mais chemin faisant, la sagesse nous a donné la raison, la raison nous a donné la tolérance et la tolérance le confort dans la réalisation de nos étapes. Nous nous louons maintenant des services que rendent ces accompagnateurs incongrus. Nous ne sommes plus en Europe, celle qui emploie l’alphabet gréco-latin et les chiffres arabes. Nous avons beau écarquiller les yeux, lire les panneaux indicateurs de gauche à droite ou de droite à gauche, nous stationnons en panne devant les panneaux. Devons nous rester bouche bée lorsque nous posons une question dans une langue que les autochtones ne comprennent pas et qu’ils nous répondent :« Ya ni panimáyu !» C’est dans ces moments là, c'est-à-dire dans le besoin que l’on s’aperçoit de l’utilité des choses et en l’occurrence de la qualité de la planification administrative qui ne s’embarrasse pas de fioritures et de sentiments, mais qui est efficace à cent pour cent. Et maintenant, non seulement nous supportons nos Cerbères, mais nous les trouvons indispensables. Et puis comme ils changent tous les jours, ça nous fait de nouvelles trombines à découvrir. C’est la seule nouveauté dans le paysage. René Delhom |
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Mis en ligne
vendredi 9 mai 2008 |
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