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L’ours attaque en Pays Toy au pays du mouton de Barèges-Gavarnie

mercredi 15 juin 2011 par rédaction

Alors que certains tiraient des plans pour introduire un autre prédateur, un ours attaquait les troupeaux au Pays Toy. Pour les éleveurs victimes du grand carnivore, la manifestation paloise pro-ours et le discours de Gérard Caussimont aux premières assises nationales de la biodiversité apparaissaient quelque peu décalés par rapport à la réalité du terrain.

Une première attaque sur le Montaigu de Betpouey

Le troupeau de Jean-Marc Souberbielle de Viella est situé au Montaigu au-dessus de Betpouey. Comme tous les week-ends, il va rendre visite à ses 420 brebis barégeoises et les soigner si nécessaire. Des brebis de race rustique dont l’avenir est encore incertain et enregistrées à l’UPRA (Unité nationale de sélection et de Promotion de la Race). Surprise sur place : 2 brebis mortes et quelques autres manquantes. Sur place, les gardes du parc nationale font le constat : c’est l’ours.
Depuis 2000 où Néré avait croqué 17 brebis retrouvées, le traumatisme reste. « En mai, 5 à 6 brebis étaient mortes on se demandait pourquoi... Et il y a eu les vautours qui m’ont pris 2 agneaux et 2 au voisin » nous dit Jean-Marc. Puis la colère éclate : « On n’est jamais informé. Il y a un manque d’information. Est-ce que les gardes sont au courant ? Quel ours ? Ça commence à bien faire ». Et il explique : « Je les ai laissées là parce que elles sont bien. On a débroussaillé et l’herbe pousse bien. Normalement elles vont au Tourmalet ».

La colère du maire de Betpouey

Coup dur pour ces éleveurs qui proposent à ceux de la plaine victimes de la sécheresse de venir en montagne, là où il y a de l’herbe. Pas très encourageant. Et le maire de Betpouey, Bernard Souberbielle, vice-président du Parc National, est furieux. « Ça me gonfle. Ça fait rire les écolos. Que l’ADET vienne se le chercher, ils n’en ont pas à Arbas ». Faut-il rappeler qu’Arbas, siège de l’association pro-ours, ADET, présidée par le conseiller régional Europe Écologie -Les Verts, François Arcangéli, n’a connu l’ours qu’à l’occasion des lâchers. L’ours ne reste pas sur le territoire de la commune. « Facile de vouloir introduire des ours dans les Pyrénées quand on sait qu’il ne reste pas chez soi » nous dit Bernard Souberbielle.

Une autre attaque à Bachibirou

Bachibirou, une estive peu visible de celui qui remonte la vallée de Luz au col de Pierrefitte. Pour découvrir cette estive, il faut passer la crête du Bergons, basculer sur le versant de la vallée de Gèdre-Gavarnie. C’est par là que passaient certains gros matériels destinés à la station de pompage de Pragnères en passant la fenêtre du tunnel. Des colonnes de chars à bœufs sont passés par là. Plus précisément des vaches probablement de race lourdaise, une race pratiquement disparue aujourd’hui... Une perte de biodiversité dont personne ne parle et pourtant tout aussi emblématique que l’ours. Mais ce n’est pas une bête sauvage... Parce que les écologistes ne sont intéressés que par la biodiversité sauvage... Et c’est sur cette estive que Thierry Lassay-les-Chateaux monte ses brebis comme avant lui son père Laurent et encore avant ses grands parents.... et ceci depuis des siècles. Laurent nous raconte : « Je vais voir les bêtes tous les dimanches. Il manquait 10 bêtes. J’ai retrouvé 4 brebis. Le garde a dû en achever une. Il en manque encore 6 mais les vautours ont dû tout manger. Ça s’est produit dans la semaine. » Coup dur pour ce jeune éleveur qui a des réunionnaises enregistrées à l’Euphrate. Et ce ne sont pas les seules attaquées. Il y a eu aussi un bélier de Didier Pareille tué entre dimanche et lundi. Un autre appartenant à René Belladone de Vizirs. Jusqu’à quand l’ours aura-t-il faim ?

Qui est cet ours ?

Difficile à dire. Le fait est que jeudi dernier, à Bastaing et sur le Cabalistique il n’y avait plus de trace d’ours. Les éleveurs s’interrogeaient. Où est-il ? Eh bien le voilà. Il est probable que ce soit celui qui se fait appeler « Cannelito », un ours mâle de 7 ans, fils de Cannelle tuée en vallée d’Aspe en 2004. Il faut donc s’attendre à d’autres prédations, ce qui rend le Conseiller Général, Jacques Béhague, « furieux ». Et il précise : « Je suis déjà intervenu contre la réintroduction d’une ourse en Béarn. Il va falloir ré-intervenir auprès du Ministère.... C’est vraiment pénible d’autant que ce sont des prédateurs qui nous sont imposés, qu’on nous a amené ».

L’Etat ne tient pas ses engagements

On se souvient l’an dernier des conflits avec les gardes faisant des constats. Cette année, ces conflits n’existent pas. Du moins actuellement. Qu’il s’agisse des gardes du parc national venant de Cauterets pour constater des prédations non indemnisées de vautours sur le Hautacam ou des gardes du Pays Toy pour l’ours. Une évolution heureuse. Mais tout n’est pas rose pour autant. Les constats sont irréguliers. Les éleveurs ne disposent d’aucun double, aucune copie. Le fait avait été soulevé l’an dernier par l’ASPP 65. Son avocat avait écrit au Directeur du Parc National, Gilles Perron. Des promesses avaient été faites. Dans les faits, rien n’a été fait. Strictement rien. Faudra-t-il engager des procédures judiciaires ? Dans l’état actuel, c’est une option qui ne semble pas exclue. Encore un conflit, du seul fait de l’État ou du moins de ses représentants.

Et puis, depuis le 27 juillet 2010, l’État a d’autres obligations réunies dans l’article L 113-1 du Code Rural : « En conformité avec les dispositions des traités instituant la Communauté économique européenne, le Gouvernement, ….s’attache à : ….. Assurer la pérennité des exploitations agricoles et le maintien du pastoralisme, en particulier en protégeant les troupeaux des attaques du loup et de l’ours dans les territoires exposés à ce risque ».

Louis Dollo

Rappel de l’article L113-1 du Code rural et de la pêche maritime

Par leur contribution à la production, à l’emploi, à l’entretien des sols, à la protection des paysages, à la gestion et au développement de la biodiversité, l’agriculture, le pastoralisme et la forêt de montagne sont reconnus d’intérêt général comme activités de base de la vie montagnarde et comme gestionnaires centraux de l’espace montagnard.

En conformité avec les dispositions des traités instituant la Communauté économique européenne, le Gouvernement, reconnaissant ces rôles fondamentaux de l’agriculture, du pastoralisme et de la forêt de montagne, s’attache à :

1°- Encourager des types de développement adaptés à la montagne, notamment en consentant un effort particulier de recherche appropriée aux potentialités, aux contraintes et aux traditions de la montagne et en diffusant les connaissances acquises ;

2° - Mettre en œuvre une politique agricole différenciée favorisant l’élevage et l’économie laitière dans les secteurs qui n’ont pas la possibilité de productions alternatives ;

3°- Promouvoir les productions de qualité et faire prendre en compte leurs spécificités dans le cadre de l’organisation et de la gestion des marchés agricoles et forestiers, notamment dans le cadre des organisations interprofessionnelles reconnues ;

4° - Assurer la préservation des terres agricoles, pastorales et forestières ;

5°- Prendre en compte les handicaps naturels de l’agriculture par des mesures particulières visant notamment à compenser financièrement les surcoûts qu’ils génèrent, ainsi qu’à financer les investissements et le fonctionnement des services collectifs d’assistance technique aux exploitations et à leurs groupements ;

6° - Faciliter, en tant que de besoin, la pluriactivité par la complémentarité des activités économiques ;

7° - Conforter la fonction environnementale de l’activité agricole en montagne, notamment par la voie contractuelle ;

8° - Assurer la pérennité des exploitations agricoles et le maintien du pastoralisme, en particulier en protégeant les troupeaux des attaques du loup et de l’ours dans les territoires exposés à ce risque.