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Les dangers qui guettent le rugby fédéral

jeudi 9 avril 2020 par rédaction

La décision de la FFR de supprimer les descentes dans le rugby amateur et de permettre les montées, va provoquer une inflation de clubs à tous les niveaux. De 48, la Fédérale 1 est passée à 60 clubs, répartis en cinq Poules de douze. Ce qui engendre un casse-tête au niveau des futures Phases Finales. Une décision dénoncée par beaucoup et notamment par Olivier Allegret qui a donné dimanche sa démission de Président de la Commission Nationale des Clubs de Fédérale. Le Président démissionnaire s’élève contre cette décision prise sans concertation avec la « Commission des Epreuves » qui était jusqu’ici en charge du dossier des montées et des descentes. Une décision qualifiée de « n’importe quoi » et « d’usine à gaz », prise sans consultation de la DNACG.

Le point de vue d’un « connaisseur »

Nous avons contacté un « vieux » dirigeant d’un club de Fédérale 1, soutien reconnu et affirmé du Président Laporte, qui a de solides liens avec la Fédération. C’est un homme de réseau, estimé par beaucoup et reconnu par tous. C’est un véritable spécialiste du monde amateur qui est en contact avec beaucoup de Présidents de clubs. Nous avons engagé une discussion, avec lui, à bâtons rompus très intéressante et très enrichissante. Celui que nous appellerons M. R (pour rugby), est unanimement connu pour sa passion du ballon ovale et son franc-parler. Ses réflexions, sans langue de bois, valent le détour.

Une Fédérale 1, à 60 clubs, c’est suicidaire

Sa position sur l’économie des clubs ne diffère pas de celle des autres experts des choses sportives. « L’aspect économique va être délicat pour tout le monde car c’est le nerf de la guerre et ça va être très compliqué à gérer. » D’autant plus avec une augmentation des clubs qui va générer une inflation des dépenses de recrutement en Fédérale 1 et à chaque échelon. Une décision que M.R. ne comprend pas. « C’est une saison très particulière et je pense qu’il aurait fallu la geler. Après, il y a peut-être des incidences que je ne connais pas. Mais c’est vraiment incompréhensible, si on part du simple principe règlementaire où il y a, normalement, huit clubs de Fédérale 2 qui montent. Là, on va se retrouver avec quatorze clubs* de Fédérale 2 qui vont monter. Quand on connait la difficulté de la Fédérale 1, je pense que c’est envoyer des clubs au casse-pipe. Pour moi, c’est inquiétant et c’est quelque chose que je n’aurais jamais pu imaginer. Je ne vois pas comment, on peut faire vivre 60 clubs en Fédérale 1. Le fossé est monumental quand on passe d’une Pro D2 à 16 clubs à 60 clubs pour deux élus ! Déjà, à 48 clubs la pyramide n’était plus adaptée. Il y avait déjà des différences de niveau, alors à 60, ce n’est pas la bonne formule. » Une formule faussée au départ par sa mise en œuvre qui consiste à appeler les clubs concernés par les montées et les descentes pour leur demander leur avis. C’est a priori démocratique, mais humainement c’est difficile de répondre non à de telles questions même si certains Présidents ont refusé. « Autant demander à un aveugle s’il veut voir ! » Autre problème l’inflation en Fédérale 3, de 160 à 180 clubs avec les montées de nombreux clubs de Régionales Honneur qui fragilisent le système. « Aujourd’hui, il ne faut pas se mentir, il y a des Régions, comme la Normandie, l’Alsace et d’autres qui sont déjà en manque d’équipes dans les niveaux inférieurs de séries territoriales. » Une Fédérale 3 qui s’apparente de plus en plus à une compétition régionale, qu’à une compétition nationale, avec de nombreux clubs de niveau régional.

* Si deux clubs de Fédérale 1 montent en Pro D2 sans descente compensatoire. Il faudra faire monter deux clubs de plus de Fédérale 2, voire plus et aller chercher des clubs de la 13ème à la 16ème place. 

La LNR refuse toute montée de clubs de Fédérale 1. Pour arriver à ses fins et sauver le soldat Albi, (qui menace de redevenir amateur s’il ne monte pas en Pro D2), la FFR pourrait proposer à la LNR de prendre à sa charge le montant des droits de TV pour les deux clubs promus (3 M€). Et ce, puisque le refus de la LNR et des clubs du Top 14 et de Pro D2 s’appuient sur le refus de diviser un peu plus la part des droits TV avec l’arrivée de deux promus.

Il aurait fallu geler les montées et les descentes

Geler la compétition, sans montée et sans descente, aurait donc été plus sage et n’aurait pas engendré la polémique de l’accession en Pro D2 que refuse la LNR pour des raisons économiques. De plus l’équité sportive aurait été respectée, car comment juger qui mérite de monter, alors que la saison régulière n’est pas terminée ? Quand Bourg-en-Bresse a une victoire et un bonus offensif de moins que Massy, dans une Poule qui comprenait Narbonne, Aubenas, Nice et Bourgoin-Jallieu contre quatre promus, Rumilly, Villefranche/Saône, Issoire et Drancy, dans celle de Massy. Les montées sont liées aux phases finales et on va tout droit vers une série de recours. M.R. estime : « Ce qui détermine l’accession, c’est le résultat sportif. Or le résultat sportif n’est pas acquis dans toutes les Divisions que ce soit pour les montées ou les descentes. » Juridiquement, la saison ne serait pas terminée puisque les clubs n’ont pas disputé les phases finales d’accession et n’ont pas gagné sportivement le droit de monter, comme stipulent les règlements. De plus monter lorsque l’économie est en crise ne serait pas viable. « Je préfèrerai être une année de plus au frigo, en attendant de voir comment les choses évoluent. Pour monter, il faut recruter. Comment et avec quoi ? Sans date de reprise, sans formule adaptée ?Je préfèrerai perdre une année supplémentaire pour construire. » Le cas d’Albi est particulier puisque le club a joué tout son avenir sur la saison qui vient d’être arrêtée au 15 mars au lieu de reconstruire sur deux ou trois comme Tarbes. Mais, le club, sauvé par les subventions municipales l’an passé, aurait-il les reins solides pour jouer en Pro D2 ? Même en cas de promotion sportive dans une saison normale, rien n’indique que le SCA reçoive le sésame de la DNACG qui peut refuser sa montée comme elle l’avait fait pour Lille. De plus, M.R. fait remarquer que la FFR a gelé toutes les compétitions féminines. Ce qui crée une discrimination entre les clubs féminins et masculins. « On ne peut pas faire un truc à deux vitesses, sans entrer dans des polémiques féministes. »

Vingt descentes, quatre par Poules la saison prochaine

Si la FFR va au bout de la logique économique elle va devoir faire des Poules géographiques pour faire des économies de déplacement et engendrer plus de recettes avec les derbys. Une aberration sportive selon M.R. : « On va se retrouver avec des différences de niveau qui vont être encore plus impressionnantes qu’à 48 clubs. » Autre problématique, les descentes puisque la FFR a annoncé un retour à 48 clubs pour la saison suivante. « Il faut faire descendre douze clubs, plus huit pour faire la place aux huit clubs de Fédérale 2 qui montent. Donc, il faut faire descendre vingt clubs ! Sur cinq Poules de douze ça fait quatre clubs par Poule qui descendent (9ème, 10ème, 11ème et 12ème). Vous imaginez les dégâts collatéraux que ça va causer ? On fait monter des clubs de Fédérales 2 qui ne sont pas prêts pour les faire redescendre la saison d’après… »

Comment trouver des équipes U23 supplémentaires ?

Une montée qui engendre des changements importants au sein des clubs promus qui doivent monter une équipe U23 à la place de leur ancienne Nationale B, composée à majorité de seniors plus ou moins âgés. M. R. rappelle que la FFR a crée les U23 en Fédérale 1 pour des raisons de sécurité. « On ne joue pas le même rugby. En Fédérale 2, on plaque à la ceinture, on ne pousse pas les mêlées. Les U23 ont été mis en place, à la demande de la majorité des clubs de Fédérale 1 en son temps. Ensuite, au vu des évènements tragiques de décès de joueurs, cette mesure était adoptée, avec l’accord de la LNR, pour la sécurité. Au plus haut niveau amateur, le rugby se joue avec d’anciens joueurs professionnels et des joueurs sous contrat. » Les U23 ont vu le jour pour éviter que de trop jeunes joueurs affrontent de vieux briscards de plus de 35 ans, très forts physiquement. « Combien de clubs qui montent vont pouvoir avoir des U23 dans un sport où il y a une perte de licenciés ? Comment on fait pour avoir 60 équipes U23 ? Quel modèle de championnat leur proposer ? »

Pas de Poule Elite et une différence de niveau abyssale

La pléthore des joueurs vieillissants qui formaient les Nationales B de ces clubs vont arrêter le rugby ou vont partir dans des clubs de Fédérale 2. Les promus, qui vont redescendre, auront perdu leurs joueurs de Nationale B et se retrouveront en difficulté pour répondre aux obligations fédérales. « C’est une vraie incompréhension par rapport à ça » explique M.R. « Plus on augmente le nombre des clubs en Fédérale 1, plus on baisse le niveau, c’est obligé ! A 60 clubs, la différence de niveau par Poule va être phénoménale » craint le spécialiste du rugby amateur. « Déjà, il y en avait une, là, elle va être abyssale. Après, je ne connais pas le dossier et peut-être qu’ils ont prévu autre chose ? » La création d’une Poule regroupant douze des équipes candidates à la montée en Pro D2 a été démentie par Patrick Buisson, un des Vice-Présidents de la FFR. « Les grands favoris et prétendants à l’accession en Pro D2 ne seront pas regroupés dans la même Poule. » Et d’assurer : « On garde le même format, avec une Poule de plus. »

Une Division de Fédérale 1 à 24 clubs

M.R. lui, préconise un changement pyramidal. « A un moment ou à un autre, il faudra réformer les pyramides. Il faut faire un étage entre les 16 clubs de Pro D2 et les 48 clubs de Fédérale 1. Une Poule Elite, ça ne veut rien dire. A la rigueur, il faut faire une Division de 24 clubs avec les 6 premiers des Poules actuelles, répartis en 2 Poules de 12. » Ce qui équivaudrait à créer une Division supplémentaire avec une Fédérale 1 « Jean-Prat » à 24 clubs, qui ne serait pas calquée, comme la Poule Elite, sur des critères financiers. Ce qui a provoqué une course à l’armement qui a mené au dépôt de bilan d’Auch, de Saint-Nazaire, de Strasbourg et à la rétrogradation financière de Limoges. D’autant que les budgets actuels vont baisser d’au moins 30% à cause de la crise économique engendrée par le coronavirus. « Sauf d’avoir un Président riche, tous les clubs de Fédérale 1 vont perdre du budget. Comment vont réagir les entreprises et les municipalités ? » Dans ce contexte passer à 60 clubs en Fédérale 1 parait irréaliste économiquement et sportivement. Ce qui pourrait passer pour une manœuvre politique en vue des futures élections, car tous les clubs sauvés d’une relégation ou promus sur tapis vert pourraient être reconnaissants au moment du vote.

Des joueurs se retrouvent sans ressources

M.R. souligne un autre problème qui va toucher les joueurs des clubs qui n’ont pas fait de contrats à leurs joueurs et qui les rémunèrent à coups d’indemnités kilométriques ou de primes de matchs. Ces joueurs se retrouvent privés de ressources financières au contraire des joueurs sous contrat qui bénéficient du chômage partiel. « Des joueurs n’ont plus rien aujourd’hui. Plus rien ne peut sortir des clubs qui ne pourront plus rien justifier puisqu’il n’y a plus de match et plus d’entraînement. » Des joueurs, en désespoir de cause, risquent de saisir les Prud’hommes avec les justificatifs des sommes qu’ils percevaient jusqu’ici des clubs. Ce qui peut engendrer en cascades des redressements de l’URSSAF qui conduiront à la faillite de ou à la relégation financière de ces clubs.

Jean-Jacques Lasserre